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La pluie, ça mouille. I Mishima

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Jeu 28 Déc - 13:25
Plic ploc.Même son bruit en tombant par terre là il est moche alors pourquoi est-ce que ça existe franchement sauf si c'est pour traumatiser des gens.
Tu le savais, que cette journée allait être plus que pourrie. Tu l’avais bien senti. En te levant, ton gros orteil gauche s’était montré douloureux, sans même que tu ne le cogne quelque part que ce soit la veille ou aujourd’hui. Mais ce n’était pas seulement l’orteil, plutôt l’articulation. Malheureusement, tu savais parfaitement ce que cela signifiait. L’arrivée de la p l u i e. Ta plus vieille amie. Si seulement. Et si seulement tu avais été assez intelligent pour relever ce fait. Mais non. Encore trop assommé de la veille, des quelques - voire dizaines- de canettes de trop que tu avais ingérées, tu t’étais juste contenté d’un léger grognement en te levant, en secouant un peu ton pied, et en te faisant mal pour de bon lorsqu’il percuta le meuble non loin. Malin. Très malin. Par conséquent, tu avais oublié ce détail.

Qui te revenait maintenant en pleine face. De quoi tu pouvais avoir bien l’air. D’un con. Plutôt d’un Con, même. Parce que cet air, d’habitude pourtant si fier, était désormais bien loin. Ravalé tu ne savais où. Peut-être au même endroit que toute cette eau qui finissait dans une bouche dégoût. Ridicule, c’était ridicule d’avoir presque la trentaine et d’avoir peur d’une averse. Une averse persistante en plus. Comme si tu n’étais pas déjà dans de beaux draps comme ça. Durant un instant, une haine peu familière t’empare, une haine dressée premièrement contre ton être, même pas capable d’affronter ça, de surmonter une peur irrationnelle, ou presque. Tu sais bien qu’elle n’est pas partie de nulle part. Tu te souviens extrêmement bien de ton frère, qui avait juste voulu jouer. Rien de bien méchant, mais un jeu qui t’avais offert les minutes les plus effrayantes de toute ta vie, et visiblement un traumatisme à vie.

Puis ta haine se dressa contre le monde en général, les gens. Tout. D’habitude, tu n’avais pas de sautes d’humeur. D’habitude, tu n’étais pas non plus d’une humeur de chien. Et tu n’avais pas ce besoin de littéralement vomir cette haine non plus. Elle te tenait subitement par les entrailles, et était prête à régir ton être tout entier. Mauvaise idée. Tu avais quand même assez de sens pour t’en rendre compte. Alors tu te contentais d’observer. D’observer et silencieusement continuer de brûler doucement de cette rage. Avec un peu d’imagination, tu pourrais t’en sortir à l’aide de ton pouvoir. Sauf que tu étais irresponsable, pas stupide. L’utiliser à tout va ne ferait que t’attirer des ennuis. Chose que tu voulais éviter pour l’instant. Tout comme cette pluie incessante.

A force de divaguer, ton regard fini par se focaliser. Sur un enfant un peu plus loin, qui a l’air de s’amuser à sauter dans chaque flaque fraîchement formée. Ah bah ouais, paraît que c’est drôle. Mais le bruit t’oppresse de plus en plus, l’attente sous cet abri-bus trop bondé t’exaspère, et en quelques rapides secondes, cet enfant aux bottes jaunes immondes se retrouve à terre, la face pile dans une flaque à la propreté douteuse. Sur le coup, un léger sourire en coin t’échappe. Tu te rends compte que sa botte droite s’est légèrement enlevée, qu’il a marché dessus. Et surtout qu’elle ne s’est pas enlevée par hasard. Puis tu te souviens. Tu te souviens de ton vouloir à ne pas utiliser ton pouvoir, qui t’avait encore échappé. Une fois de plus. Tu ne comptais plus le nombre de personne victimes d’une chute, ou d’autres choses encore plus ridicules par la simple faute de ton esprit qui divaguait un peu trop précisément.

Et là tu regrettes encore plus. Ce gosse, ce môme, ce chiarre, a fini sous le même abri que le tient. Juste à côté de toi en plus. Et il pleure. Il pleure beaucoup trop. Il a sali son petit ciré jaune qu’on venait de lui offrir. Soudainement, c’est lui que tu trouves ridicule. Ce n’était pas la mort non plus. Et tu as envie de lui dire que ton record.sans te laver doit dépasser un mois, la faute la flemme, Ta peur et la désillusion du monde. Tu as aussi envie de prétendre à un spasme, et bizarrement que ce spasme consiste à le frapper. Mais tu te retiens, et tu te concentres à nouveau sur la route. Les gens. Ce qu’ils pouvaient transporter.

Et là, tu l’aperçois.

Cette ombrelle salvatrice. Qui plus est, la détentrice semble être seule. Il y a totalement la place pour toi. Encore faut-il qu’elle accepte certes. Mais qui ne tente rien n’a rien. Tu redresse ta stature un peu trop grande jusqu’alors tassée, comme si elle avait peur de se prendre par hasard une quelconque goutte, ce qui est le cas, et tu t’avances d’un pas décidé. Un pas seulement. Tu t’arrêtes bien vite à la frontière de ton si cher abri. Certes il y a une porte de sortie qui se présente à toi. Mais comment y arriver sans se mouiller? Tu dois faire vite, avant que cette personne ne disparaisse. Et cette fois-ci, tu réfléchis consciemment, pleinement. Et tu trouves.

Un magazine. Ca ne tiendra pas longtemps. Plus qu’un journal, certes. Mais tu ne vois rien d’autres, alors tu te lances et tu l’ouvres avant de le positionner au-dessus de ta tête. Puis tu te lances. Au passage, tu pousses un peu ce sale gosse, qui un instant arrête sa complainte pour te regarder. Sauf que tu n’as pas le temps de te réjouir de cette vengeance personnelle. Tu traces. Tu traces au milieu de tous ces enculés là qui sont dans ton chemin. Puis petit à petit, plus personne ne s’y met.

Tu ne peux de nouveau pas t’en empêcher. De les fixer un à un et de leur trouver des raisons de s’arrêter pour te laisser la voie libre. Moïse traversait bien les eaux à défaut de ne pas pouvoir en faire de même, tu traverses la foules à sa manière. Fort heureusement, la personne n’est pas si loin. Même si tes mains sont déjà trempées, les faisant trembler légèrement, que ton habituel costume commence à prendre cher aussi, tu y es arrivé. Pas loin de faire une syncope et une crise de nerfs, mais tu y es arrivé.


« - E-Excusez moi? »


Tu veux faire rapide mais la réalité te frappe en pleine face. Déjà ton manque de maniabilité face à la langue japonaise. Depuis le temps, tu as juste un peu appris les bases et à baragouiner, sans plus. Et les femmes, juste les femmes. Tu en gardes un goût amer suite à ta dernière expérience. Sauf qu’une goutte vient directement tomber sur ta nuque. Un frisson de dégoût plus fort que les autres te convainc de tenter le tout pour le tout, tu doutais de toute manière arriver à passer pour plus ridicule que ça.


« - Est-ce que je…pourrais marcher un…instant avec vous? Je n’ai…Rien pris pour me protéger et c’est un peu…embêtant. »


Un peu beaucoup même. Tu ne sais même pas trop si tu vas réussir à la comprendre. Tu espères. Mais tu sais quoi lui demander. Pas grand-chose, juste de bien vouloir t’accompagner à n’importe lequel des magasins daignant vendre des parapluies. En attendant une réponse, que tu espères positive, tu tentes un bien maigre sourire, faussé sans doute par ton regard paniqué. Si la pluie n’avait jusqu’alors tué personne, si le magazine cédait, tu en serais la première victime à coup sûr

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Ven 29 Déc - 15:09
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Le grattement de la mine usée sur le papier, le bruit des machines qui mécaniquement le font respirer. Les cheveux roses qui s’emmêlent, les mêmes, l’une qui parle à l’autre ; qui ne lui répondra, sans doute, jamais. Elle lève les yeux vers les siens toujours clos, si l’espoir en fait vivre certain, pour elle c’est l’agonie, la fin qui ne semble jamais venir. Elle ferme son carnet, la couverture de cuir rouge posée contre sa poitrine, son autre main contre la sienne, les pulsions de son coeur sous ses doigts. Enfin elle se lève, lance un regard d’une tristesse étourdissante, lui murmure quelque chose que vous ne pouvez pas entendre.

________________________________


Ce matin je ne me sens pas très bien. Un pied devant l’autre, j’avance la tête vide. Je croise mon reflet dans une flaque d’eau de temps à autre, l’écrase avec délicatesse du bout de ma bottine. Je frisonne. Je n’ai qu’une robe fendue noire à la coupe chinoise ; des fleurs et des oiseaux y sont cousus au fil blanc. Le vent se lève et le ciel s’assombrit, je tiens d’une main ferme le manche de l’ombrelle qui voudrait s’envoler, me laisser en proie à la lumière. Une goutte s’écrase sur la toile rose, puis deux, et enfin c’est l’averse qui s’abat sur la ville entière. Les passants s’agitent et se réfugient où ils peuvent. Je marche en plein milieu, calme dans la débâcle.

Je me repère aux flaques qui découpent un nouveau monde, perçant le goudron avec le reflet des nuages et des tours qui s’élèvent à la renverse. Je ne croise aucun regard ; que les ombres fuyantes des gens qui sont toujours occupés. Et moi. Moi je suis occupée à tuer la nuit, à mourir le jour. Je suis aussi inoffensive que dangereuse. Ceux qui ont des raisons de me craindre savent pourquoi, les autres ne s’en doutent pas.

Ce matin je me sens mal. Je toussote. Je ne m’arrête pas pour me convaincre que ça va passer. Je sais que non. Abîmée à l’intérieur, ébréchée comme un vase qu’on ne veut pas jeter, je respire un peu plus vite. Je tousse encore. Si je tombe je vais salir ma robe. Pas au milieu de ces gens. Je suis venue parce que j’ai du mal à supporter l’odeur de l’éther dans sa chambre. Pas au milieu de la rue. Je sais que je peux résister, je peux creuser ma tombe demain.

« - E-Excusez moi? »

Je lève les yeux de mes pieds, ma main tremble légèrement sur le manche de l’ombrelle. Mon regard bleu parcourt la silhouette d’un homme en costume, grand, perdu ; un état peut-être aussi piteux que le mien. À l’exception du magazine détrempée qu’il tient au dessus de sa tête.

« - Est-ce que je…pourrais marcher un…instant avec vous? Je n’ai…Rien pris pour me protéger et c’est un peu…embêtant. »

Son accent déforme les mots, fait patauger mon cerveau ; pendant qu’il est occupé, mes poumons se rebellent. Brusquement, je met l’ombrelle dans les mains de mon interlocuteur. Je plaque un mouchoir contre ma bouche pendant qu’une quinte de toux m’empêche de respirer. Vite, j’espère seulement que ça passera vite. Du sang tache le tissu. Je sens une goutte perler de la commissure de mes lèvres. Vite. Pourquoi ici. Pas au milieu. Je glisse le long de l’inconnu, en toussant, sans pouvoir m’arrêter, en toussant, sans pouvoir lui dire de déguerpir.

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Sam 30 Déc - 15:30
Plic ploc.Même son bruit en tombant par terre là il est moche alors pourquoi est-ce que ça existe franchement sauf si c'est pour traumatiser des gens.
Tu ne saurais presque plus quoi faire, tu ne savais pas trop pourquoi non plus tu avais fait cette espèce de mission suicide en venant jusqu’ici, sans être certain qu’elle allait faire un quelconque pas vers toi. Tes doigts se crispaient de plus en plus sur ce pauvre magazine qui n’avait absolument rien demandé, mais tu t’y accrochais comme si ta vie en dépendait. Parce que ta vie en dépendait justement. Tu avais déjà du mal à supporter toute cette eau sur tes mains, alors si elle avait le malheur de commencer à venir sur ta tête, ou pire, ton visage, ce serait tout simplement fini. Autant tenter de s’étouffer avec l’une des pages du magazine en la mangeant, et provoquer ton suicide que de supporter consciemment toute cette merde qui te tomberait dessus et finirait par avoir raison de toi, ou en tout cas de ton mental. L’attente est longue, trop longue et tu sens ta respiration s’accélérer petit à petit, ce qui ne fera qu’empirer la situation. Mais tu n’y fais pas attention, de toute manière, tu ne pourrais pas dans un état pire que celui-ci.

Malgré ça, ton habitude d’essayer de remarquer le moindre détail objet, ou quoique ce soi d’utile à ton pouvoir ne t’a pas quitté, et tu t’insultes quelques secondes mentalement en voyant une légère incompréhension sur son visage lorsque tu lui parles. Ca ne t’aurais pas coûté grand-chose de faire l’effort d’apprendre la langue avant de venir, ou en tout cas un peu plus que tu ne l’avais fait. Ca ne serait certainement pas de trop. Puis une réaction arrive, trop violente pour ta concentration qui se brise, t’arrache un léger mouvement de recul, alors qu’elle te met son ombrelle dans tes mains.

Sauvé.

Mais pas totalement. Tu l’es peut-être, ta tête en tout cas, mais le bas de ton pantalon est complètement détrempé. Tes mains aussi, tes manches, tu ne veux même pas en parler, elles collent à tes poignets, tu détestes cette sensation, tu aurais presque envie de les arracher. Mais maintenant que tu es à moitié en sûreté, il vaut mieux peut-être essayer de se calmer. Et de prendre un peu sur toi. Ta sauveuse par contre, son état semblait nettement moins stable. Tu sens un autre élan de panique arriver, au galop, mais tu le réfrènes. Ne pas se laisser submerger. C’est le plus important. Garder la tête froide, et ne pas redevenir cet homme trop naïf et stupide, agissant généralement sans trop réfléchir.

Tu la sens faillir, et avant même de penser plus loin, tu as le réflexe de la retenir, ce serait trop bête de de nouveau faire face à de l’eau parce que tu n’as pas réagi assez vite. Tu te dis que le meilleur serait peut-être de trouver un médecin, mais tu ne connais rien à cette ville, t’époumoner pour rien, en ne sachant même pas si quelqu’un réagirait, ça ne te donne pas plus envie que ça.

« ▬ Vous… Arrivez encore à marcher ? »

Comme si elle avait l’air d’être en était de te répondre. Bon. Et bien autant improviser. Maintenant que tu as l’ombrelle sacrée, tu peux totalement te déplacer, presque où tu veux. Mais tu l’as déjà aperçu, ce banc. Elle sera nettement mieux déjà assise qu’ici en plein milieu de la rue. Sauf que le banc, tout autant un enculé que chaque chose et personne qui a pu se mettre dans ton chemin jusqu’à maintenant, il est mouillé. Il est totalement imprégné de cette pluie immonde et dégeulasse. Et tu doutes qu’elle ait très envie de s’asseoir là-dessus. Sans doute, dans la panique, tu finis par réussir à enlever ta veste, et la jeter un peu n’importe comment sur le banc. Tu survivrais bien en chemise pour le retour, tant que tu retrouves ton parapluie, même si apparemment, le vent aussi à envie de te faire regretter tes idées pas si ingénieuses que ça. Pas du tout. Ne paaas penser à comment tu allais faire pour rentrer sans trop la toucher. Si tu y arrivais. La prochaine fois, tu apprendrais à prendre un parapluie et ça t’éviterait de faire le Bon Samaritain. Mais au moins, elle avait un endroit où s’asseoir sans trop se mouiller.

« ▬ Vous, ça… »

De nouveau la barrière des mots se dresse devant toi, et ta langue fini par claquer nerveusement contre ton palais. C’est agaçant, mais pas au point de t’énerver. Ce n’était quand même pas si compliqué de lui demander si ça lui arrivait souvent, s’il y avait quelque chose à faire.


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Mar 2 Jan - 13:38
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Pas une fois je n’ai regretté mon geste. Pas une fois je ne me suis réveillée un matin en me disant « Tu as été stupide. Tu vas mourir et c’est toi qui te seras tuée. » Pas une fois, même aujourd’hui, quand mon corps se consume de douleur, quand il déraille sans prévenir, quand je crois que c’est terminé ; mais quand mes paupières se soulèvent encore et que je ne vois qu’une seule étoile au dessus de ma tête, celle formée par les baleines de mon ombrelle. Mais cette main qui la tient n’est pas la mienne.

Je ne panique pas. Certes, je préfère être seule quand ça arrive ; pour vous épargner l’effort, celui de vous sentir obligé de m’aider, d’éprouver de la pitié, de vous dire « la pauvre ». D’un revers de la main, j’essuie les traces écarlates qui tachent mon visage si pâle. Je sais qu’il finira pas oublier, comme vous, peut-être que vous l’avez déjà effacé de votre mémoire, peut-être que ce soir, quand le silence à table sera trop angoissant, vous vous lancerez dans le récit de votre exploit ; moi j’aurai déjà oublié.

Je me redresse, alors avachie sur son épaule. Je fais croire que je n’aime pas que l’on me touche. Ce n’est pas exactement vrai. Je n’aime pas que n’importe qui me touche. Je respecte celui qui a le cran de le faire, l’insouciance. Quand je touche quelqu’un, c’est souvent pour lui dire adieu.

« … Thank you. » Je ne sais pas. Peut-être que ça lui fera du bien d’entendre un peu d’anglais, même déformé par ma langue natale. Peut-être qu’il sera vexé. Il a l’air dépité, je me demande s’il a le mal du pays ou seulement le mal de la pluie. Il a aussi froid que moi maintenant ; ses muscles se tendent nerveusement sous sa chemise, je frisonne avec la brise qui soulève mes cheveux.

Je me relève, ramassant alors sa veste détrempée. Je m’incline légèrement. Ici c’est ce que l’on fait pour présenter nos remerciements. Mais je ne le quitte pas des yeux. Verts. Les miens lui disent « J’espère pour toi que l’on ne se reverra jamais. » C’est bien la chose la plus gentille que je puisse faire.

La pluie s’acharne, devient torrentielle, sous l’ombrelle on n’entend presque plus nos voix. Je tends ma main vers lui et y fait marcher deux doigts ; un moyen de communication universelle non ? Je crois que c’est sa mine circonspecte qui m’arrache un éclat de rire. Ça, et parce que cette situation est un peu étrange, c’est souvent le genre de chose qui m’arrive. Il va croire que je me fiche de lui. Mais c’est de nous deux que je me moque.

J’arrive à dire « What’s … your name ? » un peu maladroitement, aussi bien dans la prononciation que dans le ton. Je parle pas beaucoup l’anglais. En règle générale je ne parle pas beaucoup, de toute façon.

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Mer 3 Jan - 21:55
Plic ploc.Même son bruit en tombant par terre là il est moche alors pourquoi est-ce que ça existe franchement sauf si c'est pour traumatiser des gens.
Un instant, un seul instant, t’as oublié cette putain de pluie. Ton attention, ton inconscient même sont tournés vers cette jeune femme. Et tu as l’impression de plus paniquer qu’elle. Tu paniques, parce que ton côté Humain a pris le dessus, alors que tu t’acharnais à faire semblant de ne pas en avoir, ou de t’en foutre tout simplement. Tu fais attention à ne pas trop paraître envahissant, tu veux réellement l’aider et pas spécialement en profiter, d’une quelconque manière que ce soit. Et de toute manière, le contact, tu t’en passes facilement. Très facilement. Moins tu en as avec les femmes, mieux tu te portes.

Mais le bruit incessant de cette pluie sur l’ombrelle te rappelle sa présence. Tu te braques encore plus. Ta mâchoire se serre, tu sentirais presque tes dents grincer. Mais d’un seul coup, ton regard s’éclaire un peu, tu l’as bien entendu, cette langue si familière. La seule chose familière à l’instant. Certes, il y avait l’accent. Mais tu passais bien outre. Tu avais réussi à sortir un sourire, un véritable sourire, tu lui es reconnaissant.

Au final, tu ne sais plus trop ce qui se passe, les émotions se battent au fond de ton être. Le soulagement de la voir se relever ? La peur justement que tout peut rebasculer d’une seconde à l’autre ? Un autre soulagement, celui de voir qu’elle parle un minimum anglais ? Et cette peur qui te tenaille tous les jours, tout simplement parce que tu es incapable de faire correctement face à cette eau.

Et puis son regard. Il y a quelque chose. Quelque chose qui te donne un frisson dans le dos. Tu sais que tu es loin d’être courageux de base, mais il te faut quand même plus d’un regard pour te décider à juste partir. Mais tu ne peux pas de toute manière. La pluie augmente, tu recommences à rentrer un peu ta tête dans les épaules. Ton regard se détache d’elle, il fuit un instant vers un bout de ce ciel. Ce ciel apocalyptique de ton point de vue.

Mais sa main te surprend un peu. Ses mains. Tu ne comprends pas tout de suite, tu cherches trop loin le sens. Tu reprends à zéro, une, deux, jusqu’à cinq fois avant de te traiter mentalement de crétin. Mais tu entends ce rire. Tu souris à nouveau un peu. Tu te rends bien compte du ridicule de la situation. Et avec ce sourire, tu acquiesces légèrement. L’anglais refait surface, ça te conforte un peu plus.

« ▬ Lemony Snicket, et…vous ? »

Même si tu sais qu’elle connaît un peu d’anglais au minimum, tu persistes à lui répondre en japonais, sait-on jamais que ça la rassure, ou lui fasse plaisir autant qu’à toi. Tu tiens toujours l’ombrelle, et tu commences à marcher. Plus lentement qu’à ton habitude. Tu ne connais pas son rythme, alors tu préfères pouvoir le calquer sur le sien. De toute manière, selon ton humeur tu peux très bien faire les deux. Puis d’un coup, tu te souviens d’un truc. De ta main libre, tu vas chercher dans ton sac en bandoulière. C’est le bordel total. T’es obligé de le secouer un peu pour enfin la sortir, cette bouteille intacte d’eau. Tu l’as pas ouverte, t’en bois pas, mais on te l’avais foutue dans les mains alors que tu passais près de la gare. T’avais pas trop compris. Mais par réflexe tu l’avais prise. Tu la lui tends, elle lui sera nettement plus utile qu’à toi.

« ▬ Vous…Habitez ici ? »

Tu ne penses pas que ce soit la meilleure idée que de faire la conversation, mais c’est ce qu’il y a de mieux, plutôt que de juste regarder ce qu’il se passe, tu en es certain. Et autant se montrer un minimum sympathique aussi.

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Sam 6 Jan - 17:09
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Je lève les yeux vers lui alors qu’il bafouille son prénom en Japonais. Mécaniquement, je lui emboite le pas sans cesser de le fixer. Je ne lui répond pas encore, je cligne seulement des yeux, je laisse le temps à mon cerveau de décortiquer l’information. Décontenancée, je me répète mentalement les syllabes qu’il vient de prononcer … Suni … Suniketu … Remo… Remoni ? Mais c’est quoi ce truc. Je lui demande de répéter ? Non s’il le fait je vais rire, il va s’enfuir avec mon ombrelle et je vais devoir le tuer. Déjà que je ne prête jamais mon ombrelle à personne. Mais lui, lui il doit me prendre pour une cosplayeuse en phase terminale. Qu’est ce qu’on fait là ? J’ai froid ; j’éternue. Je crois que c’est la première fois depuis longtemps que j’ai un vrai sourire collé sur les lèvres.

« Mishima … MI - SHI - MA. »

Je ne lui donne pas mon prénom, personne ne m’appelle par mon prénom, sauf lui. J’essaie de le prononcer de la façon la plus neutre possible ; pour qu’il comprenne ; comme si je parlais à petit enfant. Mais je n’aime pas les enfants, je ne les trouve pas très intelligents.

Il me tend une bouteille d’eau. Oui, il me prend vraiment pour une cosplayeuse en phase terminale. J’accepte par politesse, il offre une bouteille d’eau au cadre de l’escouade d’assasinat de la mafia. Je vais la garder et la mettre dans une vitrine, ça fera rire Mori.

« ▬ Vous…Habitez ici ? »

J’hausse un sourcil. Je n’arrive pas à déterminer s’il pose des questions pour éviter un silence gênant ou s’il veut vraiment savoir. Je ne peux pas lui répondre « You know the mafia ? It’s where I live. Because I’m a criminal, I kill people for a living. » Non, je vais rester dans mon rôle.

« Over there. Je tend le doigt pour lui signaler des immeubles au loin ; vaguement. It’s a bad neighborhood. » Dis-je en secouant la tête. J'aimerais éviter qu'il propose de me ramener chez moi, dans un élan de gentillesse débordante.

L’intensité de la pluie ne faiblit pas. Nous marchons lentement comme des âmes perdues au milieu de l’allée qui se vide de ses promeneurs. J’envisage sans peine le larguer ici et appeler une voiture pour qu’elle vienne me chercher. Je sors mon téléphone et le tapote. Le signe de la mort ; l’icône de la batterie qui clignote.

« Et vous ? Where do you stay ? Vous êtes en vacances ? »

Il a l’air assez bizarre pour vouloir passer des vacances à Yokohama ; sans doute. Et soudain une foule de question me vient à l'esprit. D'habitude je ne m'intéresse pas beaucoup aux gens. Est-ce que c'est juste parce que j'ai envie qu'il me parle en Japonais avec son formidable accent. Peut-être.

« Remoni Suniketu c’est … Russe ? Vous venez d’où ? »

Ma logique ne m’empêche pas de penser qu’un Russe pourrait parler Anglais et partir en vacances à Yokohama. Je le dévisage à nouveau, attifé de son costume dont la veste détrempée pend à son bras. Il a l’air de frissonner lui aussi. Encore une fois, j’éternue.

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Sam 6 Jan - 23:32
Plic ploc.Même son bruit en tombant par terre là il est moche alors pourquoi est-ce que ça existe franchement sauf si c'est pour traumatiser des gens.
Wow. Ca vient de te frapper violemment, une image mentale. Comme quoi vous devez vraiment, mais vraiment avoir l’air bien ridicule là tout de suite. Ca te faisait presque sourire en fait. Ouais, non, t’avais souri au final. Peut-être parce qu’elle en avait un aussi. Ah bah, autant être deux et trouver le comique dans la situation alors que vous aviez l’air de galérer autant l’un que l’autre. Tu penches un peu la tête à l’entendre de son nom. De son prénom ? Tu vois pas la différence entre les deux de toute manière. Mais cette prononciation est bien trop démoniaque. L’intonation aussi. Tu essayes, vraiment de comprendre. Mais non. Juste non.

« ▬ Mi…Miii-shime ? Fuck, I suck at this. »

Tu ris même un peu face à ton incapacité à reproduire son nom alors qu’elle vient de te le dire. Mais tu baisses pas aussi facilement les bras, tu mets toute ta concentration là-dedans, t’oublies même le pourquoi du comment tu t’es retrouvé avec cette ombrelle dans les mains.

« ▬ …Mishima ? »

T’as pris le temps d’articuler, t’es même plutôt fier de toi c’est nettement plus ressemblant. Encore un peu d’hésitation, mais l’intention y est, vraiment. Puis elle te débarrasse de cette bouteille. T’es doublement content. T’as fait une bonne action, et ce liquide maléfique s’éloigne de toi. En tout cas celui de la bouteille. Parce que l’autre là, il persiste, il te nargue encore. Et t’es obligé d’éviter de regarder tes poignets trempés pour ne pas avoir de crise de nerfs aussi.

Tu suis son doigt du regard. Des immeubles qui se ressemblent tous. Tu imagines sans mal que les gens qui y sont ne sont pas des plus fréquentables, dommage pour elle. Mais elle a l’air de bien s’en sortir, si ça se trouve en deux secondes, elle te fait une prise de judo tellement violente que ta rencontre avec le sol te serait fatale. Mais tu espérais que ça n’arriverait pas. Tu acquiesces un peu, plissant légèrement les yeux pour mieux voir ces bâtiments.

« ▬ Oh ! Vous…y êtes depuis longtemps ? »

A la base, ça ne t’intéressait pas. Mais maintenant si. Tu ne sais même pas spécialement comment ni pourquoi. Mais ça t’intéresse. Quelque chose te dit que ça pourrait être utile. Tu ne vois pas comment mais tant pis, au moins ça fait passer le temps. Surtout qu’elle continue la conversation. Même si tu ne sais pas quoi répondre. Tu te doutes que le bateau n’a pas du passer inaperçu. Et que des ragots ont du passer bon train. Puis tu ne saurais même pas comment expliquer ça. Même avec toute la volonté du monde.

« ▬ Près du port. Mais tempo…quelques temps, pour le travail. »

Tu n’aimes pas spécialement devoir changer de mots tout simplement parce que tu ne les connais pas assez bien. Mais c’est la vie. Tout simplement.

« ▬ Remo-what. »

Peut-être que tu t’étais trop concentré d’un coup, parce que tu n’arrivais vraiment pas à comprendre ça. Mais le reste de la phrase t’aide. Le fait de te la répéter mentalement aussi. Et là, c’est l’illumination. Ton nom, simplement ton nom. Tu évites de rire, ça ne serait franchement pas poli, et tu n’avais certainement pas fait mieux non plus.

« ▬ Ah, c’est…plutôt anglais, mais je suis…Américain. Premier voyage au Japon, mais vous…avez dû le remarquer. »

Sans aucune difficulté même tu dirais.


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Dim 7 Jan - 1:54
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J’émet un hoquet de surprise lorsque je l’entend jurer. Je ne suis pas vraiment choquée par son langage, c’est juste qu’en Japonais nos insultes ne vont pas plus haut que « gros imbécile », fuck, c’est beaucoup plus percutant. Je crois que je l’aime bien. Un peu d’exotisme, c’est amusant. Sa façon de parler est drôle ; son expression à moitié désespérée, à moitié désorientée, elle aussi m’amuse. Je crois qu’il s’en fiche, s’en est presque relaxant.

Je plisse les yeux un instant quand il mentionne le port. Des rumeurs, j’en entend tout les jours, des bruits ; des petites conversations que personne d’autre n’est supposé entendre. Mais je ne m’amuse pas à démêler le faux du vrai, je n’en ai pas la patience.

« Oh ! Oui, ça s’entend. But Japanese is a complicated langage. As well as the Japanese … you must have noticed it. » Je lui lance un clin d’oeil alors qu’il pince les lèvres pour ne pas rire. J’ai écorché son nom, que voulez-vous, je suis incapable de prononcer un L.

Mon regard se tourne à nouveau vers les quartiers de la mafia. Sa question me fait réfléchir un instant. Je me rappelle exactement de quand je suis arrivée ici, de chaque instant que j’ai vécu. Mais j’ai presque oublié de me rendre compte, le temps, le nombre d’année, l’avant ; l’après. Je n’ai jamais quitté le Japon. Quand j’étais petite je pensais parfois à m’enfuir avec mon frère, prendre mes peluches et mes livres dans un sac et partir à travers la mer. Maintenant c’est impossible. Je ne peux pas l’abandonner. C’est tentant … cette idée. Traverser la mer ; avant la fin.

« J’y vis depuis … sept ans. » Je lui montre le chiffre avec mes doigts, tendant mes mains près de lui pour m’assurer qu’il comprenne bien.

Je ne peux même pas m’imaginer sa vie aux États-Unis. Je sais à quoi ressemble la capitale, mais je n’en sais pas vraiment plus. Mon grand-père a toujours détesté les Américains, comme beaucoup, à cause de la guerre. Moi je n’en retire aucune rancoeur, ce serait absurde, j’ai mes propres ennemis.

« Quel est votre travail … in the harbor, Suniketu ? » Il a piqué ma curiosité. « Don't you miss your family ? »

Peut-être que c’est la question de trop. Je n’aimerais pas qu’il me la retourne. Il me la retournera c’est certain. Je me suis laissée emporter.

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Dim 7 Jan - 10:53
Plic ploc.Même son bruit en tombant par terre là il est moche alors pourquoi est-ce que ça existe franchement sauf si c'est pour traumatiser des gens.
Ah, elle semble réagir face à ton insulte, tu ne sais pas trop si c’est positif ou non. Mais ce n’est pas ça qui t’empêchera de continuer. Parce que tu ne faisais plus attention depuis bien trop longtemps à ton langage. Ca sortait généralement tout seul, et tu avais pris l’habitude de réagir sous l’impulsion au niveau du langage, et les insultes étaient devenues une habitude avant bien même que tu ne te dessines une nouvelle vie. Fallait bien que tu te défendes d’une manière ou d’une autre face à ton frère. Ce qui se transformait en joute verbales interminables. De toute manière tu ne te prends plus la tête. Même si elle était outrée, tu ne t’en ferais pas tellement. Quoique un peu. Elle pouvait repartir avec son ombrelle. Et ça. Ca, tu veux pas actuellement.

Mais tu ne t’en fais pas. T’as l’impression que le courant passe bien, en tout cas, la conversation a une tournure un peu légère, vous vous en foutez tout les deux que l’un ou l’autre écorche un nom ou l’autre, vous êtes dans la même galère. Tu souris un peu plus, et ton regard se fait plus amusé.

« ▬ Très compliqué. Ceci dit…l’Anglais aussi, mais vous…Vous en sortez bien ! Mais j’admets que…le Japon est un très beau pays. »

Oui, quand il n’y pleut pas. Et quand il ne s’agit pas de quartiers trop louches aussi en fait. Tu regardes ses doigts, grâce à eux tu comprends presque directement. Comme quoi, parler des langues différentes n’empêche rien. Mais tu réfléchis un petit moment avant de lui répondre, autant ne pas se précipiter pour le coup et faire une phras un minimum correcte.

« ▬ Ca ait un…petit temps ! Vous viviez…autre part au Japon avant ? »

Vu son nom, tu te doutes qu’elle est du pays. Même si tu es plutôt bien placé pour savoir qu’un nom ne veut pas dire grand-chose. Parce que mine de rien, son physique n’a pas l’air spécialement asiatique. En tout cas, ses cheveux et ses yeux n’en ont pas spécialement l’air. Mais t’es plus un spécialiste en marque de clopes qu’en ethnie sinon. Donc rien ne t’étonnerait.

Face à sa question tu ne tiques même pas, tu ne tiques plus. Tu y es habitué, depuis longtemps à penser à cette famille de remplacement. Même si Daniel se fiche pas mal de ce que sa sœur et son frère, Snicket il aime bien ses aînés, Kit et Jacques. Des jumeaux plus que sympathiques. Sans aucun mal, et même sans réfléchir, tu as une moue légèrement triste sur le visage en pensant à eux.

« ▬ Eh, j’ai pas mal de…Petites affaires ? C’est certain, c’est assez…difficile de temps en temps mais…On est d’autant plus heureux lorsqu’on se revoit ! …Vous avez des sœurs, ou frères ? »

Ton faux esprit de famille fait légèrement surface alors que vous continuez de marcher. D’ailleurs tu ne sais même pas exactement où vous allez. Et tu squattes toujours son ombrelle, qui t’as bien tiré d’un mauvais pas d’ailleurs.

« ▬ Vous savez où je pourrais trouver…Eh, umbrellas ? »

Tu pointes du doigt son ombrelle, même si ce n’est pas exactement ce que tu cherches, tu espères que ça reste compréhensible. Tu te doutes qu’elle n’a pas non plus envie que tu squattes éternellement son ombrelle.


© 2981 12289 0


_________________


Merci Fyfy ♥️
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Dim 7 Jan - 14:25
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J’essaie de ne pas penser trop profondément. J’ai cette tendance, je crois que c’est celle des gens qui aime passer du temps seul ; souvent je me perd dans mes pensées, je fantasme des scénarios, des possibilités hallucinantes. Ou alors c’est celle des écrivains, peut-être les deux. Voilà, je viens de le faire.

Je reprend le fil de la conversation, je lève la tête vers lui, je vois ; en un éclair ; un peu de tristesse glisser sur son visage. Elle est contagieuse, le mien aussi perd de son enjouement. Je repense à la maison, sa chambre, tout le sang qui a été versé. Et aucun de ces souvenirs ne me paraissent anormaux. Je ne peux pas lui raconter, je n’en ai aucune envie ; ma malédiction.

« Avant, in the countryside. It’s much prettier than the city. Calmer too. » Et beaucoup moins sombre. Je n’y ai plus ma place parce que mon âme ne peut plus supporter tant de beauté. Du moins c’est ce dont je me suis convaincue ; pour ne plus jamais y retourner.

Je joue un peu la comédie, j’essaie de retrouver une expression moins triste, car souvent ma tristesse se mue en colère ; un moyen de me protéger d’elle. L’image de mon jumeau allongé, qui aurait du être mort, qui vit à cause de mon caprice, me revient, inévitablement. Les perfusions, le masque, les machines, et même l’odeur. Je ne veux pas recommencer à me sentir mal.

« Twin brother. » Et c’est tout.

Mon regard s’accroche sur une boutique un peu plus loin. Le dimanche matin, à part les konbinis, il n’y a pas beaucoup de commerces ouverts. C’est son jour de chance dans son malheur. Je tire sa manche pour que nous nous dirigions vers la vitrine. Au vu de l’enseigne ; qu’il ne peut certainement pas lire ; il va devoir mettre la main au portefeuille.

« Ils en auront ici. But it's very expensive … luxury leather goods. But you will have a quality umbrella, j’espère ? »

De toute façon c’est son seul espoir. Et pas question que je lui prête de mon argent sale. Mais mes yeux partent à la dérive dans la vitrine, les objets sont bien agencés, brillants ; je me demande si j’ai encore la carte bleue de Mori …

Il n'a pas l'air de trop hésiter. Il doit y tenir à son parapluie. Je décide de rentrer avec lui dans la boutique, pour lui retourner la faveur, pour l’aider à trouver un parapluie pas trop hors de prix, m’attarder quelques instants près des sacs. Il y a des chapeaux aussi, je me demande si j’ai une tête à chapeau.
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